Paris Energy Week : comprendre la transition énergétique à l’heure des tensions géopolitiques
Organisée par emlyon business school, en collaboration entre autres avec Sciences Po, Mines Paris – PSL, l’Institut Jacques Delors, PSL Université, Paris Dauphine – PSL, Zenon Research, Le Coq Vert – Bpifrance, ainsi que de nombreux experts internationaux, la Paris Energy Week s’est imposée comme un temps fort de réflexion sur les transformations profondes du système énergétique mondial.
Réunie à Paris en décembre, cette semaine académique et professionnelle a rassemblé étudiants, chercheurs, institutions publiques et acteurs industriels autour d’un même enjeu : penser la transition énergétique non seulement comme un défi technologique, mais aussi comme un phénomène géopolitique, industriel et économique de premier plan.
Une semaine pour décrypter les nouvelles lignes de fracture de l’énergie
Dans un contexte marqué par l’après-COP30 à Belém, la montée des tensions commerciales et la reconfiguration des rapports de puissance, la Paris Energy Week a proposé une lecture systémique de la transition énergétique. Les débats ont croisé enjeux climatiques, sécurité énergétique, souveraineté industrielle et innovations technologiques, en intégrant les mutations rapides liées à l’électrification, à l’intelligence artificielle et à la digitalisation des économies.
L’ambition de l’événement était claire : offrir aux participants une compréhension concrète des dynamiques à l’œuvre, au plus près des décisions politiques et industrielles, tout en questionnant la capacité des modèles actuels à répondre aux objectifs climatiques européens et mondiaux.
La géopolitique de l’énergie au cœur des débats
La première journée, organisée à Sciences Po, a donné le ton avec une session consacrée à la géopolitique de l’énergie, modérée par Thibaud Voïta (emlyon business school, Institut Jacques Delors). Autour de la table, des intervenants issus de la recherche, du conseil stratégique et de la diplomatie, dont Michal Meidan (Oxford Institute for Energy Studies et Sciences Po), Henning Gloystein (Eurasia Group), Pedro Brancante (ambassade du Brésil à Paris). Cette session fut suivie du lancement de l’un des plus importants rapports du secteur, le World Energy Outlook, par Tim Gould de l’Agence internationale de l’énergie.
Les échanges ont mis en lumière une réalité désormais incontournable : la transition énergétique repose sur des chaînes d’approvisionnement extrêmement concentrées, notamment en ce qui concerne les minéraux critiques indispensables aux technologies bas carbone. Lithium, cobalt ou nickel sont devenus des ressources stratégiques, au même titre que le pétrole ou le gaz hier, exposant les économies européennes à de nouvelles formes de dépendance.
Entre ambitions climatiques et réalités industrielles
Les discussions ont souligné le paradoxe auquel sont confrontés les États et les entreprises. D’un côté, l’accélération de l’électrification, le développement des véhicules électriques, des batteries et des infrastructures numériques exercent des pressions croissantes sur la demande en matières premières et en électricité. De l’autre, les capacités minières, de raffinage et de recyclage peinent à suivre, notamment en Europe, où les coûts énergétiques élevés et les contraintes réglementaires ralentissent les investissements.
Les projections partagées lors de la présentation du World Energy Outlook de l’AIE ont rappelé l’ampleur du défi : la demande mondiale d’électricité pourrait croître de près de 10 000 TWh à l’horizon 2035, tandis que certaines régions continuent d’augmenter leur production fossile pour sécuriser leur croissance. Cette tension entre sécurité énergétique, compétitivité industrielle et objectifs climatiques traverse l’ensemble des débats.
Une transition devenue terrain de rivalités stratégiques
Au fil des échanges, un constat s’est imposé : la transition énergétique est devenue un espace de rivalités géopolitiques. La domination chinoise sur les minéraux critiques, les stratégies de contrôle à l’exportation, mais aussi l’émergence de nouveaux pays producteurs et la volonté des grands consommateurs tels que l’Union européenne ou les Etats-Unis de diminuer leurs dépendances, redessinent les équilibres de pouvoir.
Les interventions ont permis de dépasser une lecture binaire du sujet. Si la concentration des ressources constitue un risque majeur, elle ouvre aussi des opportunités de coopération, notamment avec des pays comme le Brésil, qui cherche à s’inscrire dans des chaînes de valeur plus durables et diversifiées. La transition énergétique apparaît ainsi comme un champ de négociation permanent entre États, industriels et institutions financières, où les choix politiques conditionnent directement la trajectoire technologique.
Des leviers d’action encore fragiles
Face à ces défis, plusieurs pistes ont été évoquées tout au long de la semaine : relocalisation partielle des activités de raffinage, développement du recyclage en boucle fermée, partenariats stratégiques internationaux, ou encore intégration plus forte des critères ESG dans les décisions industrielles. Toutefois, la Paris Energy Week a également mis en évidence les limites actuelles de ces approches, notamment en raison des coûts d’investissement élevés, des délais de mise en œuvre et de la concurrence internationale accrue.
La question centrale reste celle de la capacité de l’Europe à concilier ambition climatique et souveraineté industrielle, sans créer de nouvelles dépendances structurelles.
Un environnement d’apprentissage au plus près du réel
Pour les étudiants du MSc in Management of Energy Transitions d’emlyon, la Paris Energy Week a constitué un véritable laboratoire pédagogique. Comme le souligne Ajay Kumar Maheshh, l’événement permet de confronter les cadres théoriques enseignés aux réalités du terrain, à travers des échanges directs avec des experts, des chercheurs et des décideurs publics.
Cette immersion favorise le développement de compétences clés analyse stratégique, compréhension des politiques énergétiques, communication et networking tout en préparant les étudiants à évoluer dans un secteur où les dimensions politiques, industrielles et financières sont indissociables.
Former les décideurs de la transition énergétique
En réunissant expertise académique, institutions de référence et acteurs économiques, la Paris Energy Week illustre l’ambition d’emlyon business school : former des leaders capables de naviguer dans la complexité de la transition énergétique mondiale. Plus qu’un événement, elle s’affirme comme un espace de réflexion collective, où se dessinent les contours d’un futur énergétique marqué par des choix stratégiques décisifs.