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La plus forte cause d'aliénation dans le monde contemporain réside dans cette méconnaissance de la machine, qui n'est pas une aliénation causée par la machine, mais par la non-connaissance de sa nature et de son essence.

Gilbert Simondon, Du mode d'existence des objets techniques

Jour 1 — entre impatience et incertitude

Mercredi 28 octobre 2020, 9h sur les campus d'Écully et de Paris d'emlyon business school. 40 participants s'apprêtent à vivre ensemble une aventure de 4 jours.

Entre impatience et appréhension, les participants découvrent -ou pour certains, retrouvent- le makers' lab de l'Ecole, “tiers-lieu” qui permet à chacun d'apprendre à créer, d'expérimenter et de travailler à plusieurs sur tous types de projets.

Je ne suis pas sûr d'avoir toutes les notions pour maîtriser ces sujets assez techniques. J'ai hâte de commencer pour voir”, témoigne Solange, étudiante en première année du Programme Grande École. Le doute comme facteur d'impatience et comme motivation, comment exprimer mieux la raison d'être de ce tiers-lieu ? Le doute, l'impatience, mais aussi l'incertitude qui plane sur ce bootcamp : les étudiants ne le savent pas encore, mais ils devront le terminer de chez eux, après l'annonce mercredi soir par le Président de la République d'un nouveau confinement.

“On n'a pas du tout la même manière d'aborder les choses”

Qu'est-ce-qui motive 40 participants à venir passer 4 jours dans une salle -fusse-t-elle colorée et engageante- , derrière un écran ? Ouvert à tous, le bootcamp est gratuit et basé sur le volontariat.

Je voulais découvrir des thématiques qui sortent du cadre scolaire, approfondir certaines notions abordées en cours, et enfin m'ouvrir à des sujets auxquels je ne me serais pas intéressée par moi-même”, témoigne Solange.

S'ouvrir sur d'autres sujets, mais aussi sur d'autres personnes. Le premier jour est aussi le jour de la découverte des autres participants : étudiants d'emlyon business school, ingénieurs en devenir, designers, porteurs de projets accompagnés par l'incubateur, salariés curieux ou étudiants décrocheurs… Une diversité qui va très vite se révéler source d'énergie…

Par rapport aux étudiants de business schools, on n'a pas du tout la même vision des choses et les mêmes manières d'aborder les problèmes. Ce sont deux forces qui peuvent se combiner et c'est super intéressant”, observent Thomas et Xavier, étudiants à l'école 42 de Lyon.

Le premier jour, les participants apprennent à découvrir et comprendre la donnée : “ils vont pouvoir avoir une première approche de visualisation des données avec un outil, Tableau, dans lequel ils vont choisir des éléments qu'ils veulent visualiser, à partir de représentations déjà existantes”, nous explique Lionel, creative technologist et facilitateur officiant depuis 4 ans au makers' lab.

L'objectif de Lionel pour ce bootcamp : “que les participants puissent acquérir une bonne compréhension de la donnée, qu'ils sachent comment est-ce qu'on travaille avec elle, et comment la représenter. ”

Jour 2 : la programmation rentre en scène, l'énergie se propage

Jeudi 29 octobre — Jour 2, et dernier jour dans les makers' lab, reconfinement oblige.

Cette fois, les étudiants vont aller plus loin dans le “faire” : les outils de data visualisation proposent en effet des représentations préconçues, mais comment concevoir des représentations uniques ?

Si viennent immédiatement en tête les superbes articles du New York Times et du Washington Post ayant recours à la data visualisation, “*il y a de plus en plus de demandes d'entreprises pour pouvoir faire ressortir des éléments spécifiques et avoir des des clés de compréhension*”, analyse Lionel.

Le but : faire vivre, incarner et raconter quelque-chose avec la donnée.

Progressivement, les couleurs et les formes apparaissent sur les écrans des participants, remplaçant les lignes de textes, froides et abstraites ; comme si les données avaient besoin, pour s'exprimer et se révéler, de revêtir une forme artistique.

Art et code, deux pratiques complémentaires, comme en témoigne la participation, en tant qu'intervenant, de Damien Baïs, enseignant en programmation à l'ESADSE (École supérieure d'Art et Design de Saint-Étienne) et co-fondateur de “.CORP”, un collectif travaillant sur des projets mêlant programmation, design et art.

J'essaye d'apprendre le code par sa visualisation et sa manipulation. Manipuler des formes est beaucoup plus concret que manipuler des nombres” , explique l'enseignant.

Agir, pour être plus responsable ?

Mais que signifient ces formes affichées sur les écrans ?

Les données explorées pendant ce bootcamp fournissent en fait les relevés heure par heure de capacité de production d'énergie solaire et éolienne en Europe (pays par pays), de 1985 à 2016.

Énergie. Problématique fondamentale à l'ère anthropocène, mais aussi pour emlyon business school, qui place la responsabilité sociale des entreprises au cœur de sa vision.

Mais c'est aussi le terme qui revient le plus dans la bouche des participants et du staff, lors du retour d'expérience de la deuxième journée.

17h30 — De l'énergie et de la lumière, il en faudra pour tous, à quelques heures du reconfinement et à l'heure où le soleil disparaît.

S'adapter à la nouvelle donne

Vendredi 30 octobre. Le bootcamp se poursuit à distance.

Cette journée est consacrée à la matérialisation de la donnée en 3D. “C'est une autre énergie” constate Sacha, facilitateur du bootcamp, “gardien du timing, de l'énergie et du bon déroulement du bootcamp”, comme il décrit sa mission.

C'est plus facile de motiver un groupe dans une salle qu'à distance, c'est également vrai quand un étudiant a un problème. Il faut alors imaginer d'autres moyens.”

Mais participants et organisateurs s'adaptent à cette nouvelle donne; les fils slack et les rooms zoom s'animent et s'emplissent de voix, de visages, de questions et de conseils.

“Ça m'a retourné l'esprit”

Grâce à une programmation en javascript, le travail des étudiants va permettre de générer des fichiers vectoriels, qui pourront ensuite générer des objets physiques représentant une donnée, grâce à la programmation et l'utilisation de différentes machines : brodeuses numériques, plotters (robots qui dessinent), découpes laser : c'est la dataphyz, ou “physicalisation de la donnée”.

On pourra tourner autour et l'observer sous plusieurs angles, la manipuler physiquement”, détaille Lionel. Une expérience bien différente d'une simulation sur écran, qui demeure plus figée. La donnée devient alors tangible, faisant intervenir d'autres sens.

Et ainsi plus compréhensible ?

C'était l'un des axes de la conférence de Stéphane Buellet, co-fondateur du studio Chevalvert, studio de design graphique, typographique et interactif, lors du premier jour du bootcamp. Une conférence marquante pour les participants : “Ça m'a retourné l'esprit” s'enthousiasme Jean-Baptiste, “ l’intervenant nous a expliqué et montré comment toucher les objets nous permet de mieux les comprendre”.

Par la physicalisation, les données et les objets deviennent donc mieux compréhensibles, mieux mémorisables. Pour faire des humains plus responsables ?
C'est l'une des hypothèses de Matthew B. Crawford, dans son ouvrage “Éloge du carburateur” (Éditions la Découverte — Paris — Mars 2010) : “L'énergie qui permet aussi d'agir, de transformer “Ce qui est au cœur de l'expérience humaine, c'est notre « agentivité » : notre capacité à agir sur le monde et à constater les effets de notre action. Or l'organisation du travail et la culture consumériste nous privent de plus en plus de cette expérience. Cela a des conséquences politiques car si vous ne croyez plus que vous pouvez avoir un effet sur le monde, alors vous ne vous en sentez plus responsable.”

Jour 4 — Challenge et bienveillance

Samedi 31 novembre 2020. 16h. Les participants quittent la session zoom, après une journée passée derrière les écrans. Que garderont-ils de ces 4 jours ?

Le bootcamp c'est apprendre par la pratique, dans une atmosphère bienveillante et stimulante.” témoigne Guillem, étudiant en 3ème année du Programme Grande École.

Cela a été une expérience très enrichissante à la fois par son format (marathon) et par son contenu (découverte de logiciels et métiers, rencontres avec des professionnels, accompagnement bienveillant…). Je me suis réellement sentie challengée et parfois même dépassée, mais sans jamais vouloir abandonner parce que l'on bénéficie d'un accompagnement bienveillant et d'une organisation de qualité qui nous transmet une soif d'apprendre et nous donne envie d'aller jusqu'à l'étape de la concrétisation”, ajoute, enthousiaste, Solange.

J'ai découvert des logiciels d'analyse de data qui vont me permettre d'approfondir mes cours ; cela m'a également amené à me questionner sur mon projet professionnel”, poursuit-elle.

Être challengé dans la bienveillance, s'ouvrir, se questionner et progresser, autant de valeurs et de pratiques qui pourront contribuer à faire de chacun des “habitants de la planète Terre” agiles et responsables, résilients et ouverts sur les autres.